Interview de Rien Que Du Bonheur

01/11/2017

Marracq-News a eu le privilège de recevoir au collège les membres de l'association "Rien que du bonheur".

 Nous en avons profité pour leur poser quelques questions :



Qui êtes-vous en quelques mots et quelles sont les motivations pour le projet qui va arriver très vite?

Je m'appelle Gwenaël, sous-officier dans l'armée de terre. J'ai 20 ans de service au compteur. J'ai été blessé lors d'un saut en parachute depuis un hélicoptère, en mission de nuit. J'ai eu quelques fractures à la colonne vertébrale. Depuis cet accident, en parallèle de mon métier de militaire, je me fixe des défis sportifs de plus en plus difficiles: j'ai réalisé la traversée des Pyrénées, la traversée des Alpes, j'ai fait un double Ironman même si je ne suis pas un grand sportif à l'origine. Depuis cet accident, j'ai le rêve de réaliser un tour du monde en multi-sports.

Comme je n'y connais rien en « milieu marin », j'ai trouvé ce défi intéressant dans le sens où en faisant cela je soutiens la cause des blessés de guerre, pour leur montrer que même les défis les plus fous, nous pouvons y arriver. Il suffit d'avoir de la volonté et... quelque part, c'est ce qui donne un sens à une vie ; se fixer un objectif et essayer de l'atteindre. En clair, mon défi à moi, c'est que je vais essayer de traverser l'Atlantique. C'est un gros projet ; ça se ressent par la préparation, que ce soit sur le plan physique, technique ou bien matériel. Cela fait un peu plus d'un an et demi que je me prépare. Là, il reste à peu près 30 jours... Je serai paré pour prendre le départ en décembre 2017. Si je veux faire ça personnellement, c'est pour acquérir le savoir-faire en milieu marin.

Ce savoir-faire à la clé, c'est votre motivation ? C'est votre but ?

C'est mon objectif à moi, c'est un défi personnel. Mais mon but au final n'est pas de faire une performance, de terminer en tant de jours ou quelque chose comme ça... je vais essayer de le faire le plus rapidement possible, évidement. Mais mon véritable objectif, c'est de partager mon aventure avec un maximum de monde. Du coup, le fait que vous nous invitiez là ce soir, par exemple, c'est du bonheur pour nous car cela veut dire qu'on va partager cette expérience avec des enfants, avec des collégiens, des lycéens, en plus d'intéresser les adultes et les personnes... euh... d'un certain âge. Voilà mon objectif ; partager mon aventure pleinement, et la partager de l'intérieur. C'est à dire essayer de vous la faire vivre comme si vous étiez avec moi, sur ma « petite barque », au milieu de l'Atlantique.

Vous vous apprêtez à embarquer le 10 décembre pour l'aventure... dans quel état d'esprit vous trouvez-vous aujourd'hui?

Je me sens bien. Ça pourrait me faire peur, évidemment, mais en fait cela fait partie de l'expérience de la vie. Lorsque je serai au milieu de l'Atlantique, au final... cette peur sera atténuée. Je pars pour un mois et demi, voire deux mois en plein mer, mais en fait, je mets toutes les chances de mon côté pour arriver. Je vais apprendre la technique, la survie, à ramer...au final, je rencontrerai beaucoup moins de risques que quelqu'un qui va rester deux mois en France; il a plus de chance d'avoir un accident, quelque part, un accident de la route. Sauf que là c'est un peu extrême puisque je vais être tout seul, mais mon état d'esprit est bon car je sais que je me prépare comme il le faut, que je me donne les bons outils pour y arriver. Du coup, dans ma conscience, je suis plutôt serein.

Avez-vous des objectifs personnels pendant cette course?

Mon objectif, c'est d'aller jusqu'au bout et de vous en faire profiter au maximum, de vous permettre de vivre la traversée en même temps que moi. C'est mon objectif numéro un, oui : le faire vivre à plus de monde possible, histoire de vous donner le goût de l'aventure à vous tous, aux blessés de guerre évidement, mais aussi à tous les autres. C'est un peu le slogan de notre association «Rien Que Du Bonheur» : de faire rêver les gens. Au bout du compte, vous faire rêver, c'est tenter de vous donner l'envie d'oser réaliser vos propres projets; que ce soit à l'école, en sport et dans tous les autres domaines. Vous vous fixez un objectif, vous le préparez et vous allez au bout des choses. Cela revient au même pour un chef d'entreprise qui va créer son entreprise : d'un côté il y a la difficulté, l'organisation... mais de l'autre on a la motivation, et c'est ça qui fait la différence.. Voilà, c'est un peu cela que je veux essayer de transmettre. Donc évidemment qu'il faut du courage, de la détermination... mais si on se fixe des objectifs et qu'on se donne à fond, on y arrive. Mais il faut oser.

Est-ce que vous aimez prendre des risques?

Oui, bien sûr, c'est ce qui me fait vibrer. Après, à travers mon travail, évidement, il faut prendre des risques. Et le risque zéro n'existe pas. Prendre des risques, dans un sens c'est bien, mais prendre des risques en mettant toutes les chances de son côté, c'est bien mieux. Il faut prendre des risques mesurés, voilà tout!

Votre bateau, quand nous l'avons vu pour la première fois lors du festival «Bayonne fait le pont», nous a particulièrement fasciné. Il est visiblement conçu pour y mener pendant une longue durée une vie presque normale. Comment est-il fabriqué, est-il vraiment pratique à habiter?

Gwénaël : Qu'est-ce que vous en avez pensé du bateau, si vous l'avez vu?

Marracq News : Il est fabriqué pour aller vite, il est un peu étroit.

Gwénaël : En fait, il est un peu trop étroit. Beaucoup de ceux qui l'ont vu nous disent qu'il est super grand. Mais en fait il faut vous imaginer que si le bateau mesure huit mètres de long, il n'y a qu'une hauteur de 2 mètres pour se mettre debout, un espace de 2 mètres pour s'allonger... donc au final c'est un minuscule habitacle, et évidemment ça restreint ce qu'on peut y faire. Lorsqu'on se retrouve dans ce bateau en mer (je ne l'ai pas encore vécu, mais quand je vais y être), en fait, on en a vite fait le tour. Il est comme une coquille de noix au milieu de l'océan. C'est tout petit. Mais, dedans, effectivement, j'ai tout pour survivre. J'ai un déssalinisateur pour transformer l'eau de mer en eau douce, j'ai de l'électricité fournie par des panneaux solaires... Le plus important c'est l'eau, évidement, sur l'océan, je suis entouré d'eau que je ne peux pas boire. En plus, un être humain peut rester quatre jours grand maximum sans boire, donc le plus important c'est l'eau. Du coup, comme la question de la soif est réglée grâce au déssalinisateur, on peut s'occuper de celle de la faim. Pour l'alimentation, on peut rester quarante jours sans manger, je pense que vous le saviez aussi. Donc quarante jours sans manger, cela s'appelle de la survie extrême, mais moi je vais partir en autonomie totale, cela veut dire que je vais partir avec quarante jours de vivres plus un peu plus de quarante jours de vivres en lyophilisé, mais je vais aussi pêcher depuis le bateau pour avoir du poisson frais, et j'aurai une petite cuisine avec un petit réchaud à bord. Ensuite, j'aurais tous les moyens satellitaires pour pouvoir faire des visioconférences avec vous.

Marracq News : Waouh ! Comment ça ?

Gwénaël : J'aurai Facebook. J'aurai internet, mais je ne pourrai l'allumer que de temps en temps de manière à économiser les batteries. Effectivement, il faut que je partage mon aventure, mais il faut aussi que je rame. Vous vous doutez bien que s'il faut que j'aille d'un point A à un point B mais que je ne fais rien pour avancer, ça va être compliqué. Du coup, je vais passer la majeure partie de mon temps à ramer, et ensuite, au second plan, il faut que je gère mon alimentation, mon hydratation et surtout mon sommeil.

Combien de temps va durer la course?

Environ soixante jours, c'est ce qu'on estime. Je crois que le record de vitesse pour celle-ci est de trente-sept jours. Je ne vise pas du tout un record, comme je vous l'ai dit. Celui à qui nous avons racheté le bateau a mis soixante dix-sept jours. Je pense mettre entre quarante et soixante jours. Je suis en mesure d'y arriver.

Pensez-vous être capable de monter sur le podium?

Au départ de la course, nous serons une dizaine, mais je crois qu'il y aura de grands champions qui partiront d'autres ports et qui arriveront pendant la course... et encore une fois ce n'est pas mon objectif de monter sur le podium. Mais après, avec un petit coup de chance, on ne sait jamais. En fait, il faut savoir que pendant que je serai en train de ramer en plein milieu de l'Atlantique, au même moment, sur la terre ferme, il y aura quelqu'un, comme pour les participants au Vendée Globe, qui va étudier les vents et les courants, et qui me donnera la route à suivre, par images satellite. C'est donc cette personne qui, quelque part, me fera gagner la course... ou pas.

En quoi consiste votre entraînement avant le départ?

Déjà, en parallèle de tout ça, j'ai mon travail qui est assez intense en soi, ensuite mon entraînement est sans répit ; la course va être extrêmement physique, je dois m'y préparer. Mais en fait ce n'est pas la rame qui me pose tellement problème, car vu que c'est sur du long terme, ce n'est pas un sport qui est extrêmement violent... plus répétitif que violent, on va dire. Non, la vraie difficulté va être la question de l'endurance, c'est à dire le fait de gérer mon effort dans le temps. En fait, cela ne sert à rien que je m'entraîne comme un acharné pendant quelques heures par jour seulement, l'intérêt c'est surtout de faire des séances assez longues de musculation modérée pour avoir de la résistance, de l'endurance. Et après, ce qui est important, c'est qu'il faut réussir à lier l'effort physique, pour durer dans le temps, à une très bonne hydratation, c'est à dire se forcer à boire régulièrement de l'eau, s'alimenter comme il le faut également, et ensuite gérer le sommeil. Donc dans ma préparation, je vais aussi m'entraîner à me caler sur mes cycles de sommeil profond, c'est à dire dormir par tranches d'une demi-heure ou une heure, mais au moment le plus opportun pour que ce soit le plus réparateur possible. Voilà, donc il y a le sommeil, l'hydratation, l'alimentation (bon ça ce n'est pas un problème... mais en fait si, car il va aussi falloir que j'apprenne à pêcher. Je sais pêcher mais pas spécialement en haute mer. Donc pour cela je vais prendre des cours. Et puis le truc tout bête et qui sera le plus difficile pour moi, c'est de cuisiner le poisson. Mais j'aurai quand même à bord des bons petits plats cuisinés par ma petite chérie. Elle les fait à l'avance car elle ne pourra pas me les envoyer. Elle joue donc un rôle très important pour mon moral.

Quelles sont en clair les valeurs de l'association «rien que du bonheur», que voulez-vous transmettre à travers tout ce que vous faites?

C'est simple. Si vous voyez le logo, en fait c'est un attrape-rêves, cela s'adresse à tous, mais surtout aux blessés qui n'ont plus conscience car lorsqu'on est passé près de la mort, on a une approche de la vie qui est un peu différente et on savoure plus les choses... cela veut dire : vivez votre vie pleinement et si vous avez des rêves, accrochez-vous y quoiqu'il en coûte. Du coup, on fait de ses faiblesses des forces, on s'y accroche et cela permet de se reconstruire. Donc en fait, ce que je veux véhiculer à travers tout cela, c'est d'être déterminé à atteindre son rêve, d'avoir du courage, car il faut oser et tenter d'atteindre un objectif. Après cela, votre vie n'est rien que du bonheur. Voilà le message : même si on n'arrive pas au bout, ce n'est pas grave car arriver au bout, n'est pas la finalité : juste le fait d'essayer vous permet de rencontrer des gens, de vivre plein de choses extraordinaires. Même si on en bave, parce que la vie c'est aussi ça, lorsqu'on prendra du recul, on se dira «ah oui, j'ai fait cela», alors ce ne sera rien que du bonheur. Il faut savoir apprécier les choses et c'est le message que je veux faire passer aujourd'hui. J'espère que cela vous donne envie à vous d'oser. Comme on dit «à chacun sa montagne, à chacun son Everest». Vous vous fixez l'objectif que vous voulez.

Au moment de vous inscrire à cette course, aviez vous en tête de faire passer la compétition avant les messages de votre association?

Non. En fait, après tout cela il y a une histoire d'argent. On a besoin de sponsors. Pour pouvoir prendre le départ de cette course, j'ai besoin d'un certain budget, pour cela je vais démarcher des sponsors pour trouver de l'argent. Mais, c'est encore heureux, tous les sponsors que j'ai réussi à avoir, c'est avant l'aspect pécunier, j'ai la chance d'avoir trouvé des sponsors qui ont envie de porter les mêmes valeurs que je désire véhiculer et cela, pour moi, c'est très important. Les gens ne me sponsorisent pas parce qu'ils veulent que je termine le premier de la course, ils veulent me sponsoriser par rapport à l'image que j'ai l'intention de véhiculer et que je véhicule. C'est le plus important.

Qu'est-ce que cela veut dire pour vous deux, oser?

Gwénaël : On pourrait vous répondre avec une histoire qui pourrait durer deux heures. Oser c'est l'amour, oser c'est écouter son cœur.

Elizabeth (la compagne de Gwénaël) : Je crois que c'est effacer ses peurs. Parce que ce qui te freine dans l'envie d'oser, ce sont tes peurs. Tu te dis que tu ne vas pas y arriver, que tu n'es pas à la hauteur, il y a plein d'autres choses, et c'est pour cela qu'il faut faire une part entre ta petite voix intérieure et ton ego. Il faut savoir faire taire son ego et se dire : « je suis capable d'y arriver, allez j'y vais ! » C'est un peu prendre sur soi, se faire violence et passer le pas. S'engager dans quelque chose que l'on a toujours voulu faire, pour éviter de regretter. Parce qu'au final, on ne vit qu'une fois, et si c'est passer toute la vie à se dire «si j'avais su, j'aurais fait ça ...». C'est ta vie. Personne ne vit pour toi. Personne ne fait les choses pour toi. C'est toi qui décide, donc, il faut y aller !

Gwénaël : Oser, cela fait partie d'un apprentissage de la vie: apprendre à avoir confiance en soi. Tout ça c'est par l'expérience. L'expérience se fait petit à petit. Vous allez vous fixer des objectifs et au fur et à mesure vous allez prendre confiance en vous et du coup vous allez oser faire toujours plus. Le but, c'est de progresser dans la vie et oser, c'est avancer. Oser ce n'est rien que du bonheur.

Belle définition. Comment considérez-vous vos futurs concurrents.

En fait je ne peux pas les définir comme des concurrents. Ce sont des gens qui sont comme moi, ce sont des gens qui osent se lancer dans cette aventure. Au final ce sont des aventuriers. Chaque skipper défend une cause noble. Moi je fais ça pour les blessés de guerre, pour partager mes expériences avec les enfants, les jeunes...d'autres vont défendre la lutte contre le cancer, contre la leucémie... A chaque fois c'est pour une belle cause. En fait, on se rend compte que les gens qui s'engagent dans ces grands projets, même si c'est un défi personnel à l'origine, au final c'est tout le temps raccroché à la vie. Le fait de participer à de grands projets comme celui-là, c'est pour se sentir vivant et avoir servi une belle cause. C'est pour cela que je ne veux pas les qualifier de concurrents. Au delà de l'esprit de compétition, qui est quand même là puisque c'est une course, finalement tout ce que je souhaite c'est que nous puissions vivre l'aventure pleinement. Plus on sera nombreux à prendre le départ, plus on aura une vision différente. Au lieu d'avoir une seule vision qui est la mienne, il y aura dix visions différentes et cela rendra l'aventure encore plus grande. Tout ce que je leur souhaite c'est de vivre une grande aventure et d'aller jusqu'au bout.

Est-ce que vous recevrez de temps en temps la visite d'un hélicoptère ou d'un autre bateau?

Non, non, rien du tout. J'espère ne pas rencontrer de paquebot qui me rentre dedans, si je ne les vois pas.

Il faut préciser que c'est une course en solitaire.

Oui, donc on la fait sans assistance, sans rien.

Vous n'aurez donc pas le droit d'aller sur des sites comme météo France ou autres?

Si, si. En fait par les moyens satellitaires. Il y a quand même des mesures de sécurité: au départ du Sénégal et à l'arrivée en Guyane, le plus dangereux, ce sera l'arrivée en Guyane car la mer est souvent mauvaise à cette période, il y aura quand même des bateaux qui seront en mesure de venir nous récupérer, au cas où cela irait mal. En pleine mer, nous serons régis par les secours maritimes, en pleine mer.

Vous ne risquez pas de croiser, par exemple, un autre concurrent?

Si, c'est possible, mais c'est peu probable car l'océan est immense, mais nous aurons les positions de chacun et on pourra éventuellement s'appeler par les moyens satellitaires. Mais ce n'est pas le but, chacun fera sa course.

Est-ce que cela vous fait quelque chose de savoir que vous allez quitter votre femme, vos proches, vos amis?

Cela leur fera des vacances. Je pars assez régulièrement avec mon travail. Là je m'en rajoute, mais c'est une expérience qu'on ne vit qu'une fois dans sa vie. C'est la partager, déjà avant par la préparation. Là je ne suis pas tout seul, on est deux acteurs principaux, plus tous ceux qui sont autour pour nous soutenir dans ce projet. Au final l'aventure a déjà commencé. Là le fait de vous rencontrer, vous voyez nous sommes tous les deux, c'est déjà un partage, on est tous les deux dans le même bateau et même lorsque je serai au milieu de l'océan elle sera avec moi, sur terre, mais elle sera avec moi aussi, ça je n'en ai aucun doute. Et le fait de partir un mois et demi voir deux mois, je sais qu'à l'arrivée en Guyane, ce sera encore plus de bonheur de se retrouver et d'avoir réussi à mener le projet jusqu'au bout.

Est-ce que vous emporterez de quoi faire des photos et des vidéos ?

Oui, oui, oui. En fait, j'aurai un drone qui se pose sur l'eau. J'ai un partenariat avec une association de protection des mammifères marins de la côte basque «Itsas Arima». Personnellement, je ne savais même pas qu'il y avait des baleines et des dauphin sur la Côte Basque, j'ai découvert ça grâce à cette association. Ils vont me faire découvrir la faune de l'océan et j'espère donc avoir la chance, et il y a de fortes possibilités que cela arrive, de rencontrer une baleine ou des dauphins. L'avantage c'est que j'aurai un drone par lequel j'aurai donc une autre vision de l'aventure. Et vu que j'aurai des moyens satellitaires, je vous enverrai cela et il y aura des petits films qui seront à voir sur le site internet

Comment ferez vous pour avoir l'électricité à bord?

Avec des panneaux solaires. Un panneau de 100 W un panneau de 8 W. Tout cela sera relié à 2 batteries. C'est ce qui va me permettre aussi d'avoir une lumière pour naviguer la nuit même si cela ne sert pas à grand-chose. Je stocke cette énergie dans des batteries et cela me permet de recharger tous mes appareils de sécurité (téléphone, GPS, déssalinisateur).

Comment allez-vous vous divertir à bord? Allez vous emporter de quoi lire ou autres?

J'emporterai bien des cours d'anglais car il faut que je me remette à l'anglais, mais à vrai dire, il va surtout falloir que je rame. Peut-être que je vais me mettre à la méditation... Non, me divertir, cela va être ramer et de prendre contact avec vous, d'essayer de vous raconter, de discuter avec les enfants, de prendre et de donner des nouvelles...En fait, le plus difficile dans cette aventure, je le sais, sera mentalement. Je vais me retrouver un mois et demi, deux mois, tout seul, livré à moi-même, du coup cela me laissera le temps pour m'évader spirituellement. Mais parfois cela sera très difficile, du coup avoir des petits contacts avec la terre, ce sera bien. Elizabeth sera là, sur terre, pour filtrer un peu de manière que je ne reçoive que les ondes positives et pas les négatives, car les ondes négatives, quand on est seul, ce n'est pas très bon. En passe-temps, je vous ferai des vidéos pour partager des couchers de soleil, des animaux rencontrés, vous faire voir comment je cuisine à bord..., et l'autre passe-temps sera d'écouter de la musique, et chanter, au moins voilà, je pourrai chanter faux, cela ne dérangera personne.

Comment votre bateau se pilote-t-il?

Comme je le disais, j'ai quelqu'un sur terre qui me donnera un cap à suivre, une direction. J'ai un point A, c'est mon départ au Sénégal, et un point B, c'est l'arrivée en Guyane. Après je prends le parcours que je veux, mais dans tous les cas je vais essayer de prendre le parcours le plus court. Cependant je suis tributaire des vents et des courants. Déjà il y a un phénomène qui s'appelle « les Alizés » et qui, à cette date, est propice à nous porter dans cette direction, c'est à dire de l'est vers l'ouest. Du coup les vents et les courants seraient favorables, mais après il y a d'autres phénomènes liés à la météo, aux contre-courants...C'est donc celui qui reste à terre qui sera en mesure de réfléchir à tout cela et comme il a une expérience dans le domaine, il me donnera à chaque fois la bonne direction. Il me donnera un cap. Comme vous le savez, il y a 360° sur la boussole, il peut dire «tu mets le cap sur 220» alors je ramerai sur le 220 pour avancer et accrocher les meilleurs courants, ceux qui me feront avancer le plus vite vers l'ouest.

Mais comment ferez-vous puisque vous n'avez pas de gouvernail?

J'ai un gouvernail, en fait cela s'appelle un safran, et il lui faut une inclinaison de plus ou moins 8°. Donc on ne parle pas de vitesse comme sur un voilier. Il n'y a pas de concurrence. Par contre il y a une dérive, la dérive c'est quelque chose qui vient se plonger dans l'eau. En fait je vais l'enfoncer plus ou moins en fonction du courant, s'il est porteur ou pas. Plus je l'enfoncerai, plus elle me portera et me fera avancer si le courant est favorable. Et je l'enlèverai lorsque le courant sera défavorable. Il faudra que je rame, que je rame pour éviter de perdre le moins de distance possible. Il y aura des jours où je vais avancer de 20 km et le lendemain je peux reculer de cent km. Mais cela fait partie du jeu.

En plus des rames, y a-t-il un moteur ?

Non, il n'y a pas de moteur.

En cas de problème , quelle est la procédure ?

Mais il n'y aura pas de problème ! S'il y a un problème, la procédure est que je déclenche ma balise Argos. C'est une balise de détresse. Mais là c'est vraiment en cas de problème, comme le bateau qui coule, ce qui n'est pas censé arriver car mon bateau est insubmersible comme un bouchon de liège, il est étanche et auto-redressable. Je vais faire des stages pour apprendre, au cas où il se retourne quand même, à le remettre à l'endroit (j'ai donc un stage survie à faire quand même). Et donc normalement il n'y a pas de problème. Au cas où il m'arriverait quand même un gros problème, cela peut arriver comme se faire attaquer par un poulpe géant ou autres, ma balise de détresse signale qu'il y a un naufragé, et c'est le bateau qui sera le plus proche de la zone qui sera sensé de venir à mon secours.

Avez-vous aussi des fusées ?

J'ai des fusées de détresse, j'ai tout le matériel nécessaire.

Vous porterez un gilet de sauvetage sur vous?

Non, je n'en porterai pas. Il faut être conscient qu'au milieu de l'Atlantique, le bateau c'est ma vie. Si je perds mon bateau, c'est comme si j'étais mort. Je peux tomber, c'est déjà arrivé malheureusement, mais il faut que je sois attaché un maximum. Dès que je sors de ma cabine étanche, il faut que je m'attache. Donc j'ai un petit bout qui va me permettre, avec un baudrier, de m'attacher sur le bateau. Donc si je suis rattaché à mon bateau, je ne crains rien. A partir du moment où l'océan n'est pas beau, il faut que je sois attaché à mon bateau.

Vous allez rester plusieurs dizaines de jours seul en mer, avez-vous suivi une formation psychologique pour vous préparer à cet isolement?

Non. Psychologiquement, je suis prêt par mon expérience, par mon travail. Il m'arrive de partir assez longtemps et de par les épreuves sportives que j'ai vécues (la traversée des Pyrénées en 9 jours, les Alpes en 8 jours), du coup la solitude...je ne peux pas dire, je ne peux pas affirmer à 100 % que cela va être une partie de plaisir, mais cela fait partie de ce que j'ai envie de tester en moi-même : ma solitude.

Aurez-vous le droit à un moment de la course de sortir du bateau et de nager autour?

Oui. Ce n'est pas que j'ai le droit, c'est qu'une fois par semaine je vais devoir me mettre à l'eau pour passer sous le bateau pour enlever le plancton car vu que mon bateau ne va pas très vite, du plancton va venir s'accrocher à mon bateau former de petits coquillages. Tous ces petits coquillages, tous ces parasites qui vont s'accrocher sous mon bateau, cela va freiner la glisse. Du coup, toutes les semaines il va falloir que j'aille nettoyer la coque de mon bateau, accroché à mon bateau évidement. Et ça c'est la petite chose qui me...autant l'effort physique et la solitude ce ne sont pas des choses qui me font spécialement peur, mais se mettre à l'eau au milieu de l'océan, tout seul...j'avoue que c'est le petit truc où on se dit qu'on ne sait pas ce qu'il y a sous l'eau..il y a des requins, des orques,.. ce n'est pas trop mon milieu et effectivement c'est le petit truc qui me fait un peu peur.

Quels sont à ce jour les autres projets de votre association «Rien que du bonheur»?

Il y en a plein. Comme je dis cette course est une étape pour un tour du monde que je ne peux pas dévoiler en détails pour le moment; en préparation de la traversée de l'Atlantique, la semaine prochaine il y a une vidéo qui devrait sortir, une vidéo d'un petit quart d'heure, sur l'Ironman et le 25 août 2017 on organise un autre événement en hommage à un ancien héros de la guerre 39/45, qui était basque et contrebandier. En fait, on va organiser un événement qui fait environ 140 km avec une personne à qui j'avais posé un garrot lors d'une course. Nous allons courir dans la montagne déguisés en contrebandiers, récupérer des animaux que nous allons échanger contre des denrées alimentaires que nous allons rapporter en courant à travers la montagne jusqu'à Sarre. En parallèle il y aura une partie de pelote basque sur le fronton de Sarre et on clôturera la journée par un concert de Oldarra, c'est un chœur basque, ils chanteront à l'église de Sarre. Voilà, c'est un gros projet que l'on n'a pas encore dévoilé. Vous êtes les premiers à être au courant, nous dévoilerons cela mi juillet. Le but c'est de rendre hommage au peuple basque et Victor ITURRIA qui est un héros de guerre. Et en parallèle c'est de faire connaître notre association et de récolter des fonds pour pouvoir prendre le départ de la traversée de l'Atlantique, car ça reste un projet assez onéreux.



Nous remercions l'association Rien que du bonheur de nous avoir accordé cette interview et leur souhaitons bon courage pour cette audacieuse traversée.


Vous pouvez suivre en direct l'épopée de Gwénaël sur leur site.